Après les renoncements de Hollande, où va la gauche ?

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Table ronde avec Gérard Filoche, membre du bureau national du PS, candidat à la primaire socialiste, Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.1. La décision de François Hollande de ne pas se représenter à la prochaine élection présidentielle à l’issue d’un premier mandat est un fait inédit. Comment interprétez-vous ce choix ? Que nous dit-il du climat actuel ?

1. La décision de François Hollande de ne pas se représenter à la prochaine élection présidentielle à l’issue d’un premier mandat est un fait inédit. Comment interprétez-vous ce choix ? Que nous dit-il du climat actuel ?

François Hollande a fait ce choix parce qu’il n’en avait pas d’autre. Après avoir pendant plus de 4 ans mené une politique de droite qui a fractionné la gauche, il allait droit à une élimination au 1er tour de la présidentielle ou à l’humiliation de se retrouver évincé dès la primaire de la gauche.

Il affirme que son bilan est bon mais qu’il devait renoncer parce qu’il ne pouvait pas rassembler la gauche. Pourquoi, si son bilan était bon, n’aurait-il pas pu rassembler la gauche ?

Manuel Valls qui a été son premier ministre depuis 2014 devra défendre le même bilan. Et Vincent Peillon, devra répondre du même bilan. Ces deux ans de silence valent acceptation de la politique de François Hollande.

Le climat actuel est le même en France que dans de nombreux pays européens. Pour avoir mené une politique de droite, les partis socialistes se retrouvent soit éliminés (le Pasok en Grèce), soit réduits à des forces d’appoint de la droite (Allemagne, Espagne, Pays-Bas…), sans, pour autant, que les partis situés à leur gauche puissent accéder au pouvoir ou (comme en Grèce), respecter leurs engagements électoraux.

2. Les candidatures se bousculent à gauche tandis que droite et extrême droite présentent respectivement un candidat unique. Face à cette période vécue à la fois comme incertaine, inquiétante et clivée… quelle stratégie et quelles propositions urgentes vous semblent devoir s’imposer ?

Je suis, avant tout, le candidat des petits salaires et des petites retraites : Smic brut de 1 800 €, retraite à 60 ans, 32 heures par semaine, pas plus de 5 % de CDD par entreprise, pas de salaire supérieur à 20 fois le Smic…

Si la gauche n’arrive pas à se rassembler avant le 1er tour de la présidentielle de 2017, il me paraît inéluctable, sauf miracle, que Fillon et Le Pen soient au second tour. Mon objectif n’est pas 2022 : je ne veux pas que les salarié(e)s, les jeunes, les retraité(e)s aient à subir pendant 5 ans la droite ou l’extrême droite au pouvoir.

C’est pourquoi j’ai proposé à Yannick Jadot et à Jean Luc Mélenchon (qui avait des chances de la gagner) de participer à la primaire de la gauche.

Si je gagne cette primaire (il faudrait d’abord pour cela que la direction du PS cesse de faire obstacle à ma candidature), j’appellerais aussitôt après Jean Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour que nous nous mettions autour d’une table et que nous discutions des principaux points d’un programme de gauche. Cela ne devrait guère poser de difficultés et l’appel des 100 serait une excellente base de discussion. La question de savoir qui serait le candidat à la présidentielle n’est, pour moi, que secondaire. Si un candidat de la gauche du PS gagne la primaire, je me battrais pour qu’il fasse la même chose.

La droite n’est pas vraiment unie car ni François Bayrou, ni Emmanuel Macron n’ont participé à la primaire de la droite. François Fillon, cependant, est bien devenu, grâce à cette primaire, l’homme fort de la droite.

3. La thèse de deux gauches irréconciliables est relancée à l’orée de ce scrutin. On parle d’un divorce qui ne date pas d’hier. Sur quoi est-il fondé ? Est-il, par ailleurs, irrévocable ?

La cause essentielle de la division de la gauche est la politique de droite menée par François Hollande. Mais elle n’a rien d’inéluctable. Il était difficile, depuis 1975, de trouver plus opposés que le PC et le PS portugais. La politique d’austérité du dirigeant du PS, José Socrates, avait durement frappé le salariat. En 2011, il avait été battu par la droite qui avait menée une politique encore plus dure. Pour éviter que les Portugais aient à subir un nouveau gouvernement de droite, le PS, le PC portugais et le Bloc de Gauche ont réussi à s’entendre.

Le programme de Fillon va dégager, à gauche, une importante énergie contre lui. Ses attaques contre le salariat, auxquelles la politique de François Hollande ont servi de tremplin, sont inouïes : assurance maladie, allocations chômage, retraites, 500 000 postes de fonctionnaires supprimés, non paiement des heures supplémentaires, révision du mécanisme de revalorisation du Smic, suppression de l’ISF et augmentation de 2 points de la TVA… Mais cette énergie, à elle-seule,  serait insuffisante. Pour qu’elle soit utilisée efficacement et permette de battre la droite, il faudra (comme dans un moteur) qu’elle soit canalisée dans un seul grand piston. Or, aujourd’hui, à gauche, il y a beaucoup de petits ou moyens pistons … Pour gagner, il va falloir se rassembler sur un socle commun.

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