Gérard Filoche : « Cambadélis décide de qui participe à la primaire »

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Le socialiste ne parvient pas à réunir les signatures nécessaires pour participer à la primaire. Il accuse la direction du PS de bloquer sa participation.

PROPOS RECUEILLIS PAR HUGO DOMENACH
Publié le 09/12/2016 à 10:38 | Le Point.fr
Gérard Filoche accuse la direction du Parti socialiste de bloquer sa participation à la primaire de la gauche.

À six jours de la clôture des dépôts de candidature, le socialiste Gérard Filoche ne parvient pas à obtenir le nombre de signatures nécessaires pour participer à la primaire de la gauche. Il accuse la direction du Parti socialiste de décider arbitrairement de qui a le droit de participer. Entretien indigné.Le Point.fr : Allez-vous parvenir à récolter vos signatures ?

Gérard Filoche : Non, je suis loin du compte. J’en ai à peu près deux tiers. Pourtant, un sondage publié ce jeudi me donne 4e avec 6 % d’intentions de vote, devant Marie-Noëlle Lienemann et derrière Benoît Hamon. Pour le fun, j’ai même un point de plus que Valls en 2011. Et ce, alors que la campagne n’est pas commencée.

Qu ‘est-ce qui bloque ?

Le PS. Christophe Borgel (qui coordonne la primaire de la gauche, NDLR) a dit à la commission que sept candidats, c’était un bon chiffre. Ils font rentrer Sylvia Pinel (PRG) pour écarter Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) et Bastien Faudot (MRC). Ils voulaient absolument avoir une femme au cas où Marie-Noëlle (Lienemann) ne se présente pas. Et comme Vincent Peillon est arrivé, pour rester à sept, il faut me virer. C’est un jeu de chaises musicales.

Donc la direction du PS donne des instructions aux élus pour qu’ils ne vous donnent pas leurs signatures ?

Il n’y a pas de directives. Mais si Jean-Christophe Cambadélis déclare que je suis légitime à participer à la primaire, j’obtiendrais mes signatures dans les cinq minutes qui suivent. En fait, c’est Cambadélis qui décide de qui participe.

Pourquoi veulent-ils sept candidats ?

Je ne sais pas. C’est ce qu’ils ont décrété. Jean-Christophe Cambadélis a dit que la primaire, ce n’était pas « open-bar ». Expression peu heureuse.

Allez-vous rejoindre Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann ou Benoît Hamon si vous n’avez pas vos signatures ?

Si on doit faire un accord, on fera un accord. Mais aujourd’hui, mon rêve est Bernie Sanders.

De quel candidat êtes-vous le plus proche ?

De Marie-Noëlle Lienemann, puis de Hamon, puis de Montebourg. Mais c’est le débat qui clarifiera.

Et Manuel Valls ?

Valls est à l’extrême droite de la gauche. Mais j’ai toujours été pour l’unité de la gauche dans toute sa diversité. Moi, je me situe en son cœur.

Vos collègues socialistes ne vous prennent pas toujours au sérieux. Est-ce à cause de votre côté sanguin ?

Je suis plus applaudi qu’eux dans les salles socialistes et il y a plus de monde pour m’entendre. Je suis gros, mais je ne suis pas sanguin. Je n’aime pas les gros mots. Je ne suis pas colérique. Je dis ce que je pense. Le franc-parler, c’est plutôt une qualité. Jaurès était comme ça. Personne ne dit que Jaurès était colérique. Pourquoi le dit-on de moi ?

Parce que vous êtes parfois virulent. Vous l ‘avez été lors de la mort de Christophe de Margerie. Ou pas plus tard que cette semaine contre Manuel Valls…

Je viens d’une famille d’ouvriers. J’incarne la gauche que Valls déteste. Ce gars-là n’a jamais travaillé, n’a jamais été ouvrier ni bossé sur un chantier. Je pense ce que j’ai dit à la télévision, qu’il était un commercial qui vendait sa mauvaise camelote avec un nouvel enrobage. J’aurais dû m’arrêter là. Mais j’ai ajouté que c’était à gerber. C’est vrai que je me suis laissé aller. C’est une expression forte. Mais elle venait du cœur. Par contre, quand Valls, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, a traité Claude Bartolone d’irresponsable, ça a été vite oublié. Pour conclure, je suis pour le respect, un code de bonne conduite lors de la primaire.

Quant à Christophe de Margerie, il s’agissait du plus grand oligarque de toute la France. Total, c’est un chiffre d’affaires de 185 milliards, AZF, l’Erika, 12 filiales aux Bermudes, la corruption en Afrique et en Iran, l’optimisation fiscale… Le bilan est lourd. Le travail n’enrichit pas, il permet de vivre ou de survivre. Ce qui enrichit, c’est l’exploitation du travail des autres. Il faut avoir fait des saloperies pour devenir milliardaire. Je défends les humains, pas les suceurs de sang, vieille expression populaire qui remonte à avant Zola.

En refusant de participer à la primaire du PS, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont-ils en train de tuer la gauche ?

Pour moi, Macron n’est pas de gauche. C’est une sorte de Bayrou qui trace son chemin hors de la gauche. D’ailleurs, je dis à ses soutiens : battez-vous pour une autre cause, restez à gauche. Mélenchon est de gauche, mais au lieu de se battre pour le front uni, il se bat pour sa domination de la gauche. Il n’a pas le souci de la victoire de la gauche, mais le souci d’être en tête. Ce serait tellement mieux si on se battait tous pour une candidature commune de toute la gauche, sur une plateforme de gouvernement commune.

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