Gérard Filoche : « Je suis opposé à tout le système des complémentaires santé »

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Candidat à la primaire socialiste, Gérard Filoche prône une réforme radicale : il veut supprimer les complémentaires santé et confier à la Sécurité sociale la totalité des cotisations et des remboursements. Le chef de file de l’aile gauche du Bureau national du Parti socialiste souhaite aussi la création d’un « Parlement social » à partir d’élections par les usagers de leurs représentants aux caisses de Sécurité sociale. Farouchement opposé à l’ANI, il est en revanche très favorable au tiers payant « qui doit être systématique ».

– Comment voyez-vous l’articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable pas l’assurance maladie ?

J’ai une position tout à fait tranchée et radicale : je suis opposé à tout le système des complémentaires. Je suis contre ce millefeuille absurde, coûteux, et injuste. Alors que la gestion de la « Sécu » coute environ 4,5 % de frais de gestion, celle des autres systèmes coûte autour de 25 %. Il n’y a plus de rapport avec le mutualisme des origines. La seule vraie grande mutuelle doit être la Sécurité sociale, avec des cotisations uniques et proportionnées aux revenus. Des économies seront réalisées et on pourra enfin rembourser la lunetterie et la dentisterie, entre autres. Ce sera le retour à l’égalité devant l’accès aux soins. Il faut en finir avec le tour de vis dévastateur : soins dé-remboursés, hôpitaux traités honteusement comme des entreprises… tout cela au détriment des malades les plus démunis et des personnels de santé gravement surexploités et maltraités – comme on le voit encore récemment avec les infirmiers en lutte.

Pour y parvenir, il faudra qu’une loi prévoie une hausse des cotisations à la Sécurité sociale et des remboursements, ce qui, mécaniquement, aboutira à réduire ou supprimer la place des complémentaires. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de résistances, mais elles seront surmontables. Que les salariés des mutuelles se rassurent à propos de l’emploi, ils seront réembauchés à la Sécurité sociale !

Ensuite comment cela doit il être  piloté ? Démocratiquement ! Il faut revenir à une gestion par les représentants des salariés et assurés eux mêmes, avec des élections à toutes les caisses primaires d’assurance maladie. Cela permettrait de donner naissance à un « Parlement social ». Les syndicats pourraient faire campagne tous les cinq ans, défendre leurs programmes sociaux et cela définirait leur représentativité.

L’ANI, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : CMU, ACS, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?

Je me suis opposé à l’ANI car je défends les fondements de la Sécurité sociale tels que posés dans  Les Jours heureux, le programme du Conseil national de la Résistance : ‘‘ Chacun contribue selon ses revenus, chacun reçoit selon ses besoins. ’’ L’ANI a aggravé le millefeuille diversifié et inégal d’assurances privées complémentaires au détriment des principes fondamentaux de la Sécurité sociale. Mais pour ceux qui n’avaient pas de complémentaire, est-ce que ce n’est quand même pas mieux que rien ? Je ne le crois pas. Chaque recul est justifié par ce type d’arguments : « mieux que rien ». Le recul de tous contre le bénéfice de quelques-uns ne peut être un argument.

Il faut signaler qu’avec l’ANI la complémentaire santé n’est pas acquise pour tous : les jeunes non-salariés, les retraités et les chômeurs ne sont pas concernés. Quant aux salariés, quel est l’intérêt de l’ANI pour eux ? Un panier de soins plus réduit que tous les autres… Et des avantages prévus pour la dentisterie et la lunetterie inférieurs à ceux de la complémentaire santé liée à la CMU-C !

Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?

Je suis favorable au tiers payant qui doit être systématique, en s’assurant d’un circuit simple et efficace pour tous les médecins. Les progrès de la numérisation devraient permettre cela.

Par ailleurs, il faut supprimer immédiatement le numerus clausus, et former un nombre important de médecins compétents non seulement pour nos besoins nationaux mais pour les exporter dans les pays en développement qui en ont tant besoin et avec lesquels nous coopérons.

Pour lutter contre les déserts médicaux, il n’est pas difficile de faciliter des parcours assistés de médecins jeunes ou en cours de carrière, avec des aides et des subventions.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

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