JLM, Trump, Sanders et la primaire de la gauche en France

Communiqué

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Par Jean-Jacques Chavigné

La leçon que tire Jean-Luc Mélenchon de la terrible victoire de Trump manque pour le moins de cohérence.  Il affirme que Bernie Sanders aurait pu l’emporter, ce qui est vrai. Mais il en tire la conclusion que « Les primaires ont fonctionné comme une machine à museler l’énergie populaire ». Ce qui à l’évidence est faux car c’est bien la primaire du Parti républicain qui a permis à Donald Trump, malgré l’opposition de tout l’appareil de ce parti, de devenir le 45ème Président des États-Unis. Le peuple qui a voté pour Trump n’est certainement pas le peuple tel que nous souhaitons mais ce n’est pas pour autant qu’il est possible de considérer que les 59,5 millions d’électeurs qui ont voté Trump ne faisaient pas partie du peuple des États-Unis et que la primaire du Parti républicain n’a pas permis au vainqueur de l’élection présidentielle de mobiliser leur énergie. C’est exactement le contraire qui s’est passé.

Au risque de telles incohérences, JLM, comme Alexis Corbière dans son livre « Le piège des primaires », essaie de noyer le poisson en parlant des « primaires » en général pour, surtout, ne pas avoir à examiner d’un peu plus près l’intérêt décisif d’une primaire citoyenne de toute la gauche en France.

« Les Clinton mènent toujours à Trump » affirme JLM

Il a raison, dans la mesure où les politiques néolibérales, en France comme aux États-Unis, sèment à la fois le désordre (social), le besoin d’ordre et le repli identitaire. Mais cela n’épuise pas le problème qui consiste justement à ne pas passer par les « Clinton français », sans pour autant permettre à la droite et au FN ne se retrouver seuls au second tour de la présidentielle de 2017.

Il est tout à fait vrai que Bernie Sanders aurait pu battre Donald Trump.

Une bonne partie de l’électorat démocrate, la plus jeune, la plus populaire, la plus dynamique ne s’est pas mobilisée comme elle l’aurait fait si Bernie Sanders avait gagné la primaire démocrate. Jusqu’au bout, et là aussi, contre tous les pronostics des médias, ces militant(e)s sont resté(e)s fidèles à Bernie Sanders et n’acceptaient pas d’avoir pour candidate Hillary Clinton qui incarnait la fusion de la Finance, de la politique et de la dynastie Clinton.

Donald Trump l’a emporté dans les États (décisifs) de l’ancienne ceinture industrielle des États-Unis. Or, lors des primaires démocrates, Bernie Sanders l’avait emporté dans le Michigan et le Wisconsin. Lui seul aurait pu tenir tête à Donald Trump et le prendre au piège de ses contradictions de ce milliardaire faisant feu sur la Finance et l’ « establishment ».

Mais affirmer que Bernie Sanders aurait pu gagner sans gagner la primaire démocrate est un leurre dont la seule fonction est de justifier la politique solitaire de JLM en France.

Il est incontestable que l’appareil du Parti démocrate (un parti que l’on peut d’ailleurs difficilement classer à gauche) a tout fait pour que Bernie Sanders ne soit pas le candidat de leur parti et nous savons que lors de certains débats publics avec Sanders, Hillary Clinton était prévenue des questions qui seraient posées…

Est-il possible, pour autant, d’en tirer la conclusion que Bernie Sanders aurait dû se lancer dans une campagne indépendante, du type de celle que prépare JLM ? Si Sanders lui-même a décidé de ne pas le faire c’est sans doute parce qu’il était le mieux placé pour savoir que ce n’était pas la meilleure solution. Il a choisi de risquer le tout pour le tout, en sachant qu’il aurait tout l’appareil démocrate contre lui, plutôt que de risquer de se retrouver marginalisé comme la candidate écologiste indépendante, Jill Stein, qui vient d’obtenir 1 % des suffrages.

Si Sanders a pu conquérir une telle audience c’est précisément parce qu’il participé à la primaire démocrate et que c’est alors et alors seulement que beaucoup d’Américains ont alors vu en lui le  candidat qui pouvait gagner l’élection présidentielle.

Bernie Sanders a échoué mais, au moins, il aura essayé de gagner et pas seulement de témoigner.

Il y a « primaires » et primaires !

Les primaires qui ont vu la victoire de Clinton nʼont de « démocrates » que le nom. Au sein de la Convention qui a investi la concurrente malheureuse de Trump, on dénombrait en effet pas moins de 712 superdélégués non élus, soit 15 % du corps électoral. Membres de droit ou désignés par lʼappareil du parti, ils se sont prononcés à 90 % pour Clinton…

Bernie Sanders  pouvait donc difficilement gagner les primaires démocrates et il le savait pertinemment. Mais il aurait certainement gagné si le mouvement suscité par sa campagne avait imposé au Parti démocrate les mêmes règles que celles qui prévaudront en France fin janvier.

Une primaire de toute la gauche en France

Si deux candidats de gauche sont présents au 1er tour de l’élection présidentielle, en France, le second tour verra inéluctablement s’opposer la droite et l’extrême-droite.

Sans unité, sur un programme de transformation sociale, un candidat de gauche ne pourra pas gagner. La réalité, très loin du miracle auquel JLM semble croire, en a apporté la démonstration : dans la quasi-totalité des élections depuis 2012 –  municipales, européennes, régionales, départementales, législatives partielles – les candidatures « indépendantes » du Parti de Gauche ou du Front de Gauche n’ont obtenu que des résultats marginaux.

Il ne peut exister aucune ambiguïté sur ce qui, avant tout, a ouvert un boulevard à la droite et à l’extrême droite : la politique de François Hollande et de Manuel Valls dictée par la Finance, le Medef et la Commission européenne. Mais il n’est pas possible d’en rester là. Il faut aussitôt mesurer quelles seraient les conséquences d’une victoire de la droite ou de l’extrême droite à la présidentielle de 2017.

Aux législatives qui suivraient immédiatement, le prix à payer de l’émiettement de la gauche serait très lourd. Le nombre de députés PS aurait du mal à dépasser 30 élus et le risque serait grand qu’il n’y ait pas un seul élu du PCF et du PG.

Les conséquences, terribles, pendant les 4 années qui suivraient seraient avant tout  celles qu’auraient à subir les jeunes, les salariés du privé comme du public, les retraités… Il suffit de lire les programmes des candidats à la primaire de la droite ou celui du FN pour s’en convaincre.

Oser prendre des risques calculés

En ne participant pas à la primaire de la gauche, JLM fait prendre des risques énormes au « peuple » qu’il entend, pourtant, faire accéder au pouvoir.

Il faut comparer ces risques à ceux qu’impliquerait une participation à une primaire de toute la gauche.  La seule qui permettrait à un candidat de gauche, grâce à l’unité et à la dynamique enclenchée, de figurer au second tour de la présidentielle en ralliant tous les électeurs de gauche qui s’abstiennent depuis 2012.

Le risque serait-il de participer à une primaire aussi peu démocratique que celle du Parti Démocrate aux États-Unis ? L’appareil démocrate, en effet, est un appareil puissant, il organisait seul la primaire démocrate et était entièrement acquis à Hillary Clinton. La situation n’est pas du tout la même en France. Le poids de l’appareil du PS n’a plus rien à voir avec ce qu’il était en 2012. Les sections, les conseils fédéraux se réunissent très rarement et sont devenus fantomatiques. La primaire (les débats, les votes) seront co-organisées avec toutes les organisations qui décideront d’y participer : c’est ce qu’affirme la dernière résolution du Conseil National du PS et c’est la gauche du PS qui a gagné sur ce point décisif.

Le risque est donc extrêmement minime. Les sondages indiquent, d’ailleurs, que JLM l’emporterait facilement face à François Hollande (ou Manuel Valls).

Pourquoi refuser de prendre un risque aussi minime en laissant le salariat prendre des risques aussi énormes que ceux que lui ferait courir la victoire de Sarkozy, Juppé ou Marine Le Pen ?

Après avoir refusé de mener la bataille pour gagner en 2017 et s’être contenté de témoigner, comment prétendre aider à reconstruire une gauche digne de ce nom ?

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