L’appel de Pierre Laurent (PCF) à une candidature unique

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Ouest France

OUEST FRANCE | 26/08/2016


Pierre Laurent, premier secrétaire du PCF | AFP | Propos recueillis par Michel URVOY.

Le Parti communiste tient son université de rentrée à partir d’aujourd’hui à Angers. Dans cet entretien, Pierre Laurent lance un appel à une candidature unique de la gauche de la gauche. Pour lui, la dispersion est « la garantie de l’échec ».

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Votre message de rentrée ?

Les Français attendent une humanité meilleure, une France qui se débarrasse de la crise, du chômage, de l’austérité. Le Parti communiste veut se concentrer sur des propositions qui ouvrent un avenir de paix, de solidarité et de fraternité. Nous voulons une France de l’égalité et, pour cela, nous avons besoin d’une République forte, d’une présence des services publics, sur tout le territoire. Enfin, il faut une mobilisation nationale contre chômage et, pour cela, contre la finance. Nous continuons de penser que la cause du chômage, c’est l’accumulation de la finance par quelques-uns.

 Comment un parti qui compte peu de moyens peut-il peser ?

Le Parti communiste a des racines, dans ce pays. Il est implanté localement. Il est une des forces qui peut permettre à la gauche, malade après un quinquennat de François Hollande qui a brisé beaucoup d’espoirs, de se relever.

Pour peser, il faut des députés. Pour avoir des députés, il faut des alliés. Lesquels ?

Effectivement, avoir des députés sera une question très importante. Les lois de demain se voteront dans les assemblées. Nous pouvons en avoir si nous avons des propositions fortes, si nous tenons une parole de rassemblement. Nos candidats chercheront à être les candidats de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon, allié ou rival ?

Il est un de nos alliés avec qui nous avons travaillé depuis 2012.

Et encore aujourd’hui ?

Nous avons besoin de poursuivre le travail entrepris. Mais nous avons besoin de l’élargir. De parler à des femmes et à des hommes disponibles dans toute la gauche.

Montebourg ? Hamon ?

Avec tous ceux qui ont compris qu’il faut maintenant ouvrir une nouvelle page après l’échec de François Hollande. Les communistes vont œuvrer à ce que les forces du Front de gauche retravaillent à un projet de rupture avec la logique libérale.

Chacun, dites-vous, pense être capable d’aller tout seul à la présidentielle. Face à cette certitude de perdre, quelle initiative vous, Pierre Laurent, vous pouvez prendre ?

Pierre Laurent, c’est celui qui va parler avec toutes les forces de gauche, va chercher à les faire converger. Avant Angers, je me rendrai à l’université des Verts à Lorient. Je resterai en dialogue avec les socialistes qui cherchent une voie nouvelle. Je parlerai avec tous les syndicalistes qui vont reprendre la mobilisation contre la loi Travail. Et j’espère pouvoir accueillir, à la fête de l’Humanité, l’ensemble de ces forces. Mon discours, à Angers, consistera à jeter les bases d’un pacte commun : démocratisation de la République, sortie de l’austérité et des logiques d’hyperconcurrence en Europe, la mobilisation de l’argent gâché au service de la création d’emplois, la transition écologique…

Vous appelez à une candidature unique autour de ces questions ?

Le scénario actuel confirme ma crainte d’une multiplication des candidatures qui serait la garantie de l’échec face à la menace de droite et d’extrême droite. Des millions de Français, singulièrement à gauche, s’inquiètent de cette perspective. Il faut construire une candidature la plus large et la plus forte possible. Plusieurs sont déclarées. Nous pouvons réduire cette dispersion en commençant par dire les grandes questions qui nous unissent.

Il n’est pas trop tard ?

Face au danger, face au Front national, face au discours très inquiétant de Nicolas Sarkozy, il ne sera jamais trop tard.

Vous excluez, vous-même, d’être candidat ?

Vous l’avez compris, il faut d’abord mettre fin à la dispersion. En revanche, je ne sais pas s’il faut un candidat, mais il faut en tout cas une voix forte du Parti communiste dans ce débat-là. Mais contrairement à d’autres qui estiment leur candidature incontournable, nous n’excluons aucune éventualité. Nous avons envie de nous mettre au service de processus de rassemblement. Ça veut dire parler haut et fort. Mais nous savons aussi être suffisamment humbles pour nous mettre au service de ce rassemblement.

Qu’est-ce qui l’empêche, les désaccords ou les ego ?

Un peu les deux ! La présidentielle est une mécanique infernale qui pousse chacun à croire à son destin personnel. Il faut qu’elle soit mise au service d’une démarche collective. Mais je crois qu’il y a aussi une sous-estimation du danger qui menace. Certains pensent pouvoir continuer à l’utiliser pour tirer leur épingle du jeu. C’est une grave erreur : la droite et le Front national prospèrent sur l’absence d’espoir.

C’est quoi être communiste dans un monde aussi ouvert, aussi brouillé et aussi individualiste ?

C’est croire, justement, que l’épanouissement individuel passe par le temps du commun, du partage. La logique de la concurrence des individus mène au désastre. À un moment où nous avons à résoudre le partage des richesses, l’avenir de la planète, la circulation des personnes, il faut le faire en commun. L’idée du commun, qui est à la racine du communisme, est une idée qui, dans la mondialisation, rencontre une très grande actualité.

Quand vous vous projetez à cinq ou dix ans, vous imaginez toujours un Parti communiste, ou une gauche recomposée ?

Probablement les deux. Le Parti communiste est en train de se renouveler, de se rajeunir. Tous ces jeunes viennent avec une envie très forte de transformer le monde dans un esprit d’ouverture. Il va jouer un rôle de plus en plus important dans les années qui viennent pour reconstruire une gauche tout à fait nouvelle.