Lettre ouverte à mes camarades du PCF

Communiqué

Lettre ouverte à mes camarades du PCF

Comment construire une candidature commune de la gauche

 Je voulais vous remercier de m’avoir invité, dimanche 28 août, à vos journées d’été à Angers.

Vous m’avez donné l’occasion de débattre avec une salle enthousiaste de la rentrée autour de la mobilisation contre la loi El Khomri. Cette bataille est décisive depuis six mois, nous n’allons pas laisser Hollande tranquille, il ne cassera pas 100 ans de Code du travail impunément. Jusqu’au bout nous exigeons son retrait.

Evidemment, les millions de manifestants de la gauche politique, syndicale, associative, qui ont su se montrer majoritaires dans le pays contre la loi El Khomri, s’interrogent sur le débouché politique qui permettrait d’assurer le succès de son retrait.

J’ai été vraiment satisfait des déclarations de Pierre Laurent dans la presse, au cours de ces journées en faveur d’une « candidature unique », de la construction d’une candidature « commune » de toute la gauche.

Nous savons tous que la droite tient des primaires pour passer de 12 à 1 candidat.  Dans notre camp, certes divers, les postulants se multiplient, hélas, chaque parti prévoit sa primaire où il y aura 5, 6, 7 candidatures.

Pas besoin d’être grand visionnaire pour savoir qu’ainsi c’est foutu !  La gauche ne sera pas présente au 2ème tour.

Qu’importent les scores et le contenu des campagnes des uns et de autres, aussi courageuses, innovantes et brillantes soient-elles, avec 4 ou 5 candidats et sans avoir réussi à imposer la mise à l’écart d’Hollande, nous perdrons tous et nous aurons un second tour entre LR et FN !

Certains s’y résignent : mais ceux qui paieront le prix d’une accélération vers la droite seront les plus vulnérables de notre société, ceux qui sont  démunis, en urgence sociale.

Certains parient même sur cette défaite, croyant sanctionner le seul PS, alors qu’ils se sanctionneront eux-mêmes du même coup. C’est une politique suicidaire à courte vue.

Certains croient qu’ils auront au moins défendu leurs idées et qu’ils pourront enjamber la présidentielle. Ils ne calculent pas les ravages que cela produira sur tous les plans.

En fait, nos programmes, nos idées, nos combats, nos candidats seront battus et balayés pour un bon bout de temps. Etre absent du 2ème tour, n’y laisser figurer que FN et LR aura des répercussions immédiates, mécaniques, systématiques sur les législatives, il restera quelques députés socialistes, aucun Vert, aucun PCF, aucun PG… ce sera une démoralisation de masse et un désastre pour longtemps.

Une autre issue est encore possible.

La gauche du Parti socialiste, lors du CN du PS du 18 juin, a imposé à la direction de Jean-Christophe Cambadélis, une résolution unanime pour vous la proposer aux conditions qui avaient été envisagées ensemble dans les multiples réunions unitaires sur ce sujet de janvier à avril.

Je cite : « Nous PS ne pouvons nous résoudre à ce que la gauche soit absente de ce débat qui engagera l’avenir de la France, et de la gauche. 

Nous lançons un appel solennel au PCF et aux Verts : rassemblons-nous à travers un débat loyal dans une primaire de toute la gauche…

Le PS reste disponible pour une primaire de toute la gauche les deux premières semaines de décembre comme cela avait été envisagé… »

Il s’agit bien de primaires en décembre co-organisées, aux conditions envisagées en commun !

Bien qu’ayant été amené à voter cela, il est vrai que J-C Cambadélis ne se bat pas beaucoup pour l’unité.

Il faut dire pourquoi : parce que pour Hollande en décembre, ce serait cruel : soit il serait forfait, soit il serait KO. Les chances qu’il ne se présente sont probables et ce serait, à mes yeux, un service rendu à la gauche, vu le bilan de son quinquennat. Et s’il se présentait, il donnerait envie à des millions de manifestants anti El Khomri de venir voter contre lui.

Je comprends que la majorité de la gauche ne veuille pas prendre le risque que François Hollande arrive in extremis en tête, avec obligation de se désister pour lui ensuite. Votre congrès a voté en ce sens. Vous n’êtes pas seuls à refuser cela.

Si nous affichons rapidement un accord sur une plateforme commune, un pacte entre candidat(e)s et responsables politiques qui veulent une politique de gauche authentique, nous renforcerons notre position.

Une plateforme commune est évidemment possible, mais il faut la rédiger vite, tout le monde en convient. D’ailleurs, nous y travaillons ensemble depuis six mois avec « l’appel des 100 ». On peut avoir toute confiance dans la volonté du peuple de gauche, qui, enfin consulté, permettra de parvenir à un contenu final.

Si vous faites un signe, une proposition pour adopter une méthode en faveur d’une candidature unique, selon les mots et modalités que vous déciderez, alors la direction du Parti socialiste sera obligée de réagir. Ce sera à votre crédit. Vous ouvrirez espoir, action, et mobilisation quasi immédiate, car, à mon avis, des millions de gens intuitivement espèrent une solution.

Sinon, au prochain CN du PS, le 2 octobre, JC Cambadelis, se donnant le beau rôle et sans regret, dira « Les Verts et le PCF n’ont pas répondu », alors « à défaut » « nous organisons le 22 et le 29 janvier des primaires – forcément  restreintes – de la « Belle Alliance Populaire » (sic !). Ultime tentative de Hollande pour s’imposer dans une primaire sous contrôle de l’appareil du PS.

Mais, ce n’est pas sans risques pour lui. Comment pourrait-il faire campagne ? Sur son « bilan » ? Sur des « promesses » ? Par contre sa seule présence, s’il n’est pas écarté, entrainera la multiplication des candidatures dont nous ne voulons pas et nuira à la cause commune et à la victoire.

Je suis disponible pour discuter d’autres formules si on m’apporte la preuve de leur efficacité. Mais je crois toujours qu’une grande primaire citoyenne de toute la gauche permettrait de faire valoir nos propositions en mobilisant largement des millions de citoyennes et de citoyens qui désespèrent de l’absence d’unité en 2017.

Une candidature commune construite unitairement ? C’est évidemment une construction démocratique, c’est à ça que servent des primaires : à appeler, hors des directions et des seuls cercles militants, des millions de citoyens à se mobiliser, à choisir, en votant, non pas pour un candidat d’après son étiquette, mais pour celle ou celui qui saura le mieux défendre une plateforme de gauche.

Dès lors, la question de la candidature de Jean-Luc Mélenchon se poserait différemment. En cas de grande primaire en décembre (ou de toute autre méthode permettant de choisir une candidature unique), soit il y participe avec de grandes chances de l’emporter et tout le sens de sa campagne en est modifié. Celle-ci devient unitaire, commune, elle augmente considérablement ses chances et les nôtres par la même occasion. Soit il s’y refuse, ce qui serait incompréhensible, et réduirait à coup sûr les intentions de votes en sa faveur.

Voilà ce que je voulais, fraternellement, vous dire. A votre disposition pour en discuter.

Bien fraternellement,

Gérard Filoche

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