« Sans primaire de toute la gauche, nous courrons au désastre »

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LE MONDE IDÉES | 18.08.2016


La gauche est face à une tragédie pour 2017. Soit elle se dote d’un candidat unique, soit c’est le désastre et le second tour de la présidentielle sera un face-à-face entre le parti Les Républicains et le FN. En juin, le choc de l’échec sera tel qu’il ne restera à la gauche que quelques dizaines de députés sans doute socialistes, aucun EELV, zéro PCF, zéro PG : pire qu’en 1993.

Alors que la gauche avait une majorité en 2012 (la présidence, l’Assemblée, le Sénat, 20 régions sur 22, 61 départements sur 100, 2 villes sur 3), l’injuste « politique dite de l’offre » lui a fait perdre cinq élections de suite. Tout a été concédé au patronat. La base naturelle de la gauche constituée par les salariés – en activité, en retraite ou privés d’emploi – a été sacrifiée.

L’acte final approche. Ce sont ceux qui souffrent le plus qui en paieront le prix le plus élevé : car quand la gauche va à droite, la droite va encore plus à droite et les reculs sociaux seront évidemment démultipliés. Casse de la République, mainmise aggravée et barbare de la finance, ou sursaut victorieux pour défendre et reconstruire notre modèle social républicain, tel est l’enjeu. Ceux qui ne s’en inquiètent pas sont des nantis qui croient égoïstement avoir du temps devant eux. Ceux qui estiment qu’on bâtit sur les défaites n’ont rien appris de l’histoire. Les meilleurs veulent sauver des idées de gauche et écologistes, espérant des jours plus favorables. Pourtant, à condition de prendre ensemble conscience et de le vouloir, il reste un chemin gagnant, un seul.


La gauche reste majoritaire à la base

Il n’y a pas eu de renversement d’opinion spectaculaire en faveur de la droite et de l’extrême droite. Le parti Les Républicains peine à attirer et ne gagne qu’en pourcentage, pas en nombre absolu de voix. Le FN progresse par défaut. La gauche est restée majoritaire à la base, mais perd avec les abstentions massives, sous le coup du grave échec du quinquennat. Pourtant, 80 ou 90 % de la gauche, des syndicats, de la jeunesse, s’opposent au symbole de la trahison qu’a été la loi El Khomri qui casse 100 ans de code du travail. La mobilisation constante, durable, profonde l’a prouvé. Les sondages sont là, avec ce qu’ils valent : 70 % contre la loi El Khomri, 55 % pour les grandes manifestations. 86 % de la gauche veut une primaire, 76 % veut des candidats nouveaux, les thèmes sociaux et de gauche sont plébiscités.

François Hollande et ses supporters directs n’ont aucune chance : discrédités, ils devraient se retirer. Ils nous feraient tous perdre, le reconnaître serait digne et salvateur. S’ils ne le font pas, une grande primaire citoyenne de toute la gauche sur une plateforme de gauche les remettrait à leur place, c’est-à-dire hors-jeu, dans l’incapacité de se présenter.

S’il y a François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, un-e candidat-e EELV, un-e du PCF, un-e autre… leurs scores n’auront absolument aucune importance, la gauche sera absente du second tour. Le paradoxe, c’est que la majorité écrasante des composantes de la gauche a réclamé cette grande primaire : de janvier à avril, les débats et les conditions examinées en commun (les appels de Thomas Piketty, Yannick Jadot, Daniel Cohn-Bendit, Caroline De Haas, PS, PCF, EELV…) l’ont même fixée aux 4 et 11 décembre avec dépôt des candidatures entre le 15 septembre et le 30 octobre. Le PS unanime le 18 juin a confirmé encore son appel au PCF et à EELV pour que cette primaire de décembre ait bel et bien lieu. Pourtant les dirigeants du PS font campagne pour une fausse primaire en janvier limitée aux seuls soutiens à la politique de Hollande-Valls. Il est encore temps de décider qu’une primaire citoyenne ait lieu et de fixer ses ultimes modalités : sous le contrôle collectif de tous. Alors, des millions d’électeurs signant un engagement se déclarant de gauche, versant un euro, pourront en deux tours, choisir une ou un candidat qui les rassemble et leur ressemble.


 Faire gagner le cœur de la gauche

Si le PCF et EELV relèvent le défi, avec les socialistes fidèles à leurs statuts et aux aspirations de 2012, c’est une chance extraordinaire, nul ne pourra s’y soustraire. C’est le cœur de la gauche qui gagnera, pas les sociaux libéraux de la marge. Le candidat choisi deviendra charismatique, rassembleur et sera au second tour. Nous pourrons ouvrir un autre quinquennat, cette fois, de gauche, en rupture avec les cinq années passées, terribles et amères. Le partage des circonscriptions se fera avec la même méthode, unitaire, démocratique et dynamique. Dans le pays, il y aura un formidable élan : pour une ou un candidat unique, pour une plateforme de gouvernement d’urgence sociale, pour mettre fin à l’ordo-libéralisme, pour redistribuer les immenses richesses que recèle la France, pour aller vers une VIe République démocratique, sociale et écologique.

C’est dans ce cadre d’une grande primaire citoyenne de la gauche et des écologistes, que j’ai annoncé ma candidature pour que le social soit au cœur de cette campagne.

Gérard Filoche

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