La droite tient une primaire pour choisir un candidat parmi douze. La gauche semble avoir aussi douze postulants, mais se refuse à faire une primaire pour en choisir un seul. Pire, elle envisage plusieurs primaires d’octobre à janvier. Avec trois, quatre, cinq, six candidats au premier tour, la gauche ne sera pas au second tour.

A quoi sert de multiplier les beaux programmes, les beaux débats, les innovations, si tout ça reste inutilisé dans les placards après juin 2017.

En cas de second tour LR-FN, il restera quelques dizaines de députés socialistes, zéro vert, zéro PCF, zéro PG. La droite aggravera la crise sociale actuelle, le chômage, les inégalités, la pauvreté, la crise écologique. Son programme pour les riches est déjà prêt pour faire payer les pauvres.

«Tu dis cela pour faire peur». Pas seulement, pour faire envie aussi : car la gauche peut être majoritaire si elle est unie autour d’un candidat unique, qui lui ressemble et qui la rassemble.

Pendant neuf mois, il y a eu un mouvement exceptionnel pour rejeter la loi El-Khomri qui met à la casse cent ans de code du travail. Treize manifestations, 3,5 millions de participants au total, 70 % d’opposants dans les sondages, 78 % de jeunes, 80 % à 85 % du mouvement syndical contre, et ça continue le 15 septembre. Le rejet est profond.

Cette force a besoin d’un débouché politique commun. C’est pourquoi, l’idée d’une grande primaire citoyenne de toute la gauche revient sur le devant de la scène. 86 % des citoyens de gauche sont en sa faveur. Avec des millions de voix, on peut choisir démocratiquement qui sera le ou la meilleure pour défendre les idées d’une plateforme commune de gouvernement.

Est-il possible de rédiger une telle plateforme pour 2017-2022 ? Bien sûr, si on veut faire, ensemble cette fois, une politique véritablement de gauche opposée à la finance.

Avec l’Appel des 100, la plupart des forces de gauche travaillent sur un projet. Il peut être soumis à la discussion citoyenne et servir de base au choix de candidatures. Pour un autre quinquennat, il faut un projet partagé.

Une telle plateforme peut se décliner en huit points :

1) Des mesures pour les salaires, à commencer par le Smic, le point d’indice de la fonction publique, les minima sociaux, les pensions de retraite, une allocation d’autonomie pour la jeunesse et une rémunération maximale plafond à vingt fois le Smic pour réduire les inégalités.

2) Une nouvelle étape de la réduction du temps de travail sur la semaine comme sur la vie avec les 32 heures et le droit à la retraite à 60 ans, conditions essentielles pour vaincre le chômage.

3) Un chantier de transition écologique avec un plan pour parvenir à 30 % d’énergies renouvelables en cinq ans, le développement de l’agro-écologie, la rénovation thermique des bâtiments.

4) Une réforme fiscale avec un impôt progressif sur les revenus, des baisses de TVA, la lutte contre les paradis fiscaux.

5) Un grand pôle financier public, pivot d’une réforme bancaire.

6) Un plan de reconquête industrielle et de renouveau du service public.

7) Une nouvelle organisation institutionnelle avec un Parlement respecté, la proportionnelle, la fin du pouvoir personnel, une VIe République sociale et démocratique, sans 49.3 ni président monarque.

8) La volonté politique de réorienter l’Europe. La France a les moyens de se faire entendre.

A lire et à écouter les uns et les autres, ces points font l’objet d’un large accord. Concluons et publions rapidement une plateforme. C’est de la responsabilité de toutes et de tous. Ce sera une base pour une candidature unique à la présidentielle et des candidatures soutenues en commun aux législatives qui suivront.

Je crois plus que jamais qu’une grande primaire citoyenne, ouverte, permettrait d’approfondir ces propositions en mobilisant largement celles et ceux qui désespèrent de la politique. C’est encore possible. Je suis disponible pour discuter d’autres formules si on m’apporte la preuve de leur efficacité.

Soyons clairs, il ne s’agit pas de tenir un discours de gauche pour ensuite «rabattre» les électeurs vers un François Hollande, un Manuel Valls ou pis encore… Le quinquennat sortant a perdu et ses défenseurs sont perdants ! Toute sa politique antisociale a fait perdre cinq élections depuis juin 2012, produit 1,3 million de chômeurs de plus et conduit au désastre en 2017. C’est une voie de gauche qu’il faut bâtir pour gagner.

Je fais appel à toutes les candidates et à tous les candidats, à tous les responsables politiques de gauche et des écologistes qui veulent éviter le scénario de l’éclatement et de la défaite. C’est un appel à toutes les forces vives, aux syndicalistes, au monde associatif… à toutes celles et à tous ceux qui ne se résignent pas, qui veulent assurer pour eux-mêmes et leurs enfants une vie digne, et construire ensemble une société heureuse.

Arnaud, Benoît, Cécile, David, Jean-Luc, Karima, Marie-Noëlle, Michèle, Pierre, Yannick… toutes celles et tous ceux qui partagent la même volonté, «rencontrons-nous !» C’est urgent, indispensable. Cette rencontre est possible, nécessaire. Elle serait le signe que nous ouvrons, ensemble, la possibilité d’une alternative.

Bien fraternellement.

Gérard Filoche

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